Notre rencontre avec la restauratrice de textiles, Anne Breugnot
Dans le cadre du projet Le plus grand Musée de France mené par la Fondation La Sauvegarde de l’Art Français, nous avons eu la chance de recevoir une restauratrice de textiles dont l’atelier se situe à Croix-Rousse. Elle est venue rencontrer les élèves de la classe de 2nde professionnelle Menuiserie Agencement / Tapisserie d’Ameublement afin de nous faire découvrir son métier grâce à deux ateliers. Ces nouvelles connaissances seront mises à profit pour mieux défendre les œuvres découvertes lors de la journée du 14 novembre 2025 lors du prochain concours d’éloquence.
- Anne Breugnot, restauratrice du patrimoine
Après un DUT Science et Génie des Matériaux à Chambéry, Anne Breugnot savait qu’elle souhaitait exercer un métier avec une grande part de travail manuel autour des textiles mais sans avoir besoin d’être créative. Elle a alors préparé le concours d’entrée de l’INP, Institut National du Patrimoine en spécialité Arts Textiles. Cet institut dépend du ministère de la Culture. Le concours est très complet et très sélectif ! Seulement une vingtaine de candidats toutes spécialités confondues sont admis chaque année pour suivre les cinq années de formation.
Les restaurateurs adoptent une déontologie reposant sur trois principes :
- la lisibilité : la restauration doit être visible de (très) près mais pas de loin.
- la réversibilité : tous les actes de restauration doivent pouvoir être déposés.
- l’innocuité : les produits utilisés dans le processus de restauration doivent être neutres (ne pas altérer l’œuvre) et bien vieillir dans le temps.
Anne Breugnot peut intervenir sur les textiles d’objets de tous formats :
- petits, comme des chaussures d’enfant ou des jouets
- moyens, comme des vêtements
- grands, comme les tapisseries de La Dame à la Licorne
Elle peut également intervenir sur des objets de toutes époques, de l’Antiquité jusqu’à des œuvres contemporaines, et de toutes origines géographiques (Asie, Afrique, Europe, Amériques, Océanie). Elle peut également intervenir sur des objets liés à un culte comme des vêtements religieux.
Depuis une quinzaine d’années, un dossier de restauration est systématiquement remis au propriétaire de l’objet. Ce dossier contient un constat d’état, la liste des actions effectuées et des matériaux utilisés ainsi que des photos avant / après.
Après examen de l’œuvre, les restaurateurs discutent avec le propriétaire et/ou le conservateur afin de fixer les choix de restauration, depuis un simple nettoyage jusqu’à une réfection plus complète.
Son travail de restauration se décompose le plus souvent en deux phases : une phase de nettoyage suivie d’une phase de consolidation. Ainsi a-t-elle proposé :
- un atelier Nettoyage aux élèves de 2nde pro AMA (futurs menuisiers et/ou agenceurs)
- un atelier de Consolidation aux élèves de 2nde pro Tapisserie d’Ameublement.
Cette visite a été une grande découverte pour toute la classe qui ne savait pas que le métier de restaurateur de textiles existait avant la sortie de découverte des œuvres.
- L’atelier Nettoyage
Les élèves menuisiers ont pu s’entraîner sur un lambrequin (étoffes pendantes et découpées en festons, souvent ornées de franges et de glands, qui décorent les ciels de lits) en damas bleu qui avait subi un dégât des eaux.
Ils ont pu gommer avec :
- une gomme en poudre : on la verse puis on commence par gommer à la main dans le sens du fil. Si l’action n’est pas suffisante, on peut gommer dans l’autre sens.
- des éponges sèches : tant que l’éponge se brunit, c’est qu’on retire de la salissure. Quand elle devient de la même couleur que le tissu, c’est que l’on retire des particules du tissu et c’est le signe qu’il faut changer de zone !
L’important est de toujours procéder par essai sur des zones non visibles de l’œuvre (dos, intérieur d’ourlet).
A la fin, il faut donner un bon coup d’aspirateur industriel spécialisé pour le travail de restauration. Il ne chauffe pas (et peut donc rester branché toute la journée), il accepte des filtres extrêmement fins (pour ne pas rejeter la poussière aspirée), il a un variateur de grande amplitude qui permet une aspiration très douce pour ne pas abîmer les œuvres.
- L’atelier Consolidation
Dans la restauration de textiles, on peut utiliser quatre points réalisés à la main : le point avant, le point de feston, le point de surjet et le point de restauration. Ce dernier est de loin le plus utilisé et c’est donc naturellement celui-ci qu’Anne Breugnot a proposé d’exécuter aux élèves tapissiers. Il est utilisé pour consolider. Il correspond au point de Boulogne en broderie.
Ce point est très souvent réalisé sur un tissu blanc à l’origine qui est ensuite coloré par la restauratrice pour retrouver l’exacte coloration du textile à restaurer. On vient le placer en-dessous du trou ou de la fissure à réparer, en respectant l’alignement du fil de trame et du fil de chaine.
Pour réaliser le point de restauration, on utilise une aiguille courbe ou carrelet qui permet de garder l’aiguille toujours au-dessus de l’ouvrage et donc de travailler des tissus sans avoir à les déposer. La technique consiste à effectuer un lancer pour fixer le fil dans le tissu sain, puis à réaliser des petits ponts pour éviter que le fil ne bouge.
Les élèves tapissiers ont apprécié cet atelier qui demande minutie, précision et patience. C’était la première fois qu’ils utilisaient un carrelet aussi petit.